21/10/2014

Pourquoi veulent-ils tuer le français ?

La défense de la langue française est- elle réactionnaire ? Cette article paru dans le numéro 29 Mars/Avril 2008) prouve le contraire.

Devenu sous François I°, par l'édit de Villers-Cotterêts de 1539, langue administrative du pays à la place du latin, le français a été déclaré langue de la République par un décret du 2 Thermidor (20 juillet 1794).Par la suite, le statut de langue de la République attribué au français a été maintes fois rappelé, la dernière fois par la loi Toubon du 4 août 1994 visant à assurer la primauté de la langue française en France. Mais nous constatons que cette primauté proclamée par les textes est dans la réalité de plus en plus menacée par une extension de l'anglais dont nos élites illégitimes se rendent complices.

L'anglais dans l'entreprise


L'anglais est installé et jugé irremplaçable dans une part toujours plus importante de l'activité des entreprises. Les raisons fréquemment invoquées sont que l'internationalisation des échanges impose l'utilisation d'une langue commune, l'anglais, qui envahit le monde du commerce, des affaires, de la diplomatie, de la recherche et des technologies.
Le passage à l'anglais dans les entreprises est aussi favorisé par les fusions ou alliances que la mondialisation implique et ne concerne plus seulement le sommet de l'entreprise. Une bonne maîtrise de l'anglais est de plus en plus exigée pour les cadres supérieurs ou moyens mais aussi parfois pour le personnel d'exécution.
A quelques trop rares exceptions près, les syndicats ne réagissent quasiment pas à cette vaste offensive de l'anglais dans le monde de l'entreprise afin de ne surtout pas paraître rétrogrades, fermés au progrès ou franchouillards. Il faut être moderne !

Valets de l'Empire

Les politiciens, eux, montrent leur volonté d'obéir aux désirs des grands patrons.
Nicolas Sarkozy a ainsi décidé dès sa prise de fonction d'imposer l'apprentissage de l'anglais à l'école dès le CE1 afin de mieux adapter l'offre à la demande des entreprises.
En septembre 2007, l'Assemblée Nationale - faisant fi des avertissements du Comité contre le protocole de Londres qui, par la voix de son président Claude Hagège, a dénoncé "un grave danger pour l'avenir de la langue française dans le domaine scientifique et technique et un vaste programme de domination qui revêt le masque de la mondialisation." - a ratifié le protocole de Londres qui permet à tous les brevets déposés en anglais d'être applicables en France sans traduction. En février 2008, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement Supérieur, a exprimé officiellement sa volonté de "faire sauter la tabou de l'anglais" comme langue d'enseignement à l'université. (1). 

Si les atlantistes de droite agissent directement par un travail de sape en faveur de la langue de l'Empire, les atlantistes de gauche ne sont cependant pas en reste de par leurs déclarations. C'est ainsi que selon Bernard Kouchner, "le français n'est pas indispensable, l'avenir de la francophonie, c'est l'anglais". Il ajoute dans son livre Deux ou trois choses que je sais de nous : «  Nouveau venu dans le gouvernement de la République, j’avais été étonné, en 1988, que l’on insistât sur l’usage obligatoire du français pour les ministres ». Dans sa logique libérale, le français n’est plus rentable : «  Après tout, même riche d’incomparable potentiel, la langue française n’est pas indispensable : le monde a bien vécu avant elle. Si elle devait céder la place, ce serait précisément à des langues mieux adaptées aux besoins réels et immédiats de ceux qui la délaisseraient ». Citons aussi Claude Allègre qui considère qu'il faut "cesser de considérer l'anglais comme une langue étrangère en France."
De manière plus symbolique mais non moins importante, l'Etat et ses représentants (chef de l'Etat, Premier Ministre, diplomates,.....) n'hésitent plus à s'exprimer en anglais hors de nos frontières. La palme revenant à Madame Christine Lagarde qui va jusqu'à diriger son ministère en utilisant la langue anglaise.

Le tout-anglais est injuste et inefficace

Pour justifier leur collaboration active, les politiciens avancent souvent l'argument de l'efficacité du tout-anglais, pour ne pas devoir avouer qu'ils se plient aux injonctions bruxelloises.
Pourtant, un rapport publié en 2005 par l'université de Genève a établi que le tout-anglais était d'un coût très élevé, sans compter qu'il est très injuste pour les pays d'Europe sauf pour la Grande-Bretagne qui y gagne des milliards de livres. Ce même rapport propose une alternative au tout-anglais : le plurilinguisme ou l'esperanto qui, pour une question de faible coût, d'équité (chaque pays serait à égalité de situation et chaque langue maternelle serait protégée), de précision et de rapidité d'apprentissage pourrait être une solution à privilégier.

Au lieu de combattre le tout-anglais, de défendre notre langue nationale qui est aussi celle de la francophonie (et qui est par exemple bien mieux défendue au Québec qu'en France dans la mesure où la charte québécoise de la langue française - à l'inverse de la charte française - proclame que le français est la langue du commerce et des affaires), au lieu de protéger la diversité linguistique à l'heure où des études montrent que 95% des langues disparaîtront au XXIème siècle à cause de la mondialisation (dont l'UE est le cheval de Troie), la classe politique s'inscrit dans la stratégie collabo du grand patronat qui veut ouvertement faire de l'anglais l'unique langue des affaires et de l'entreprise.

Où est la résistance du peuple de France ?

Face à cette trahison des élus de la Nation, la résignation voire l'indifférence générale l'emportent sur les volontés de résistance et de combat.Un fait essentiel semble en attester : lors d'un Conseil Européen de mars 2006 qui se déroulait durant la semaine de la francophonie, le baron Ernest-Antoine Seillière, patron des patrons "français", n'avait pas hésité à s'exprimer en anglais. Jacques Chirac avait alors su faire preuve d'un relatif courage (ce qui n'est pas arrivé souvent dans sa carrière politique) en quittant la salle avec sa délégation.

Hélas, les réactions n'ont pas été à la hauteur du geste. Les élites et les intellos autoproclamés ont ironisé sur un "geste ringard" et un combat d'arrière-garde. S'exprimer publiquement en anglais était à une époque pas si lointaine considéré comme incompatible avec une fonction de représentant officiel de la France ; aujourd'hui cela est plutôt considéré comme un signe de modernité. C'est ainsi que la nouvelle génération de ministres choisit souvent de parler anglais à l'étranger à l'occasion des points de presse, des conférences,.....
Les "petites gens" n'ont pas relevé le niveau en manifestant leur indifférence entre un haussement d'épaules et deux ballons de rouge (ou deux canettes de coca-cola).

Le rôle essentiel des médias

C'est bien là, la principale différence avec d'autres périodes de notre histoire. Si les élites ont derrière elles une longue tradition de trahison de la Patrie (des éternels Versaillais), les classes populaires avaient toujours su répondre « présent » pour "rester fidèles à la France profanée".
C'était avant que de grands capitaines d'industrie commencent à posséder des journaux, des radios et des chaînes de télévision, c'était avant que l'information ne devienne plus qu'une simple marchandise ayant pour objectif de conformer l'opinion publique aux idées et aux intérêts des propriétaires des grands groupes.  En parallèle à cette concentration de l'outil médiatique entre les mains de quelques-uns (les plus riches), la télévision a pris une place hégémonique au détriment de la presse d'opinion, facilitant ainsi d'autant plus la transmission de valeurs identiques à l'ensemble de la population. Tout le monde regarde les mêmes programmes, tout le monde est soumis aux mêmes référents culturels et à la même propagande du 20h dont le mépris pour tout ce qui fait la grandeur et la spécificité de la France est une des caractéristiques essentielles.

Guerre totale contre la France

La France est triste, la France est toujours en retard, la France est archaïque, la France n'est jamais suffisamment alignée sur ses voisins, la France est en faillite, la France n'est pas compétitive, la France est surendettée, la France est étouffée par le fiscalisme, la France est refermée sur elle-même, moisie, raciste,......Tels sont les poncifs qui sont inlassablement rabâchés par les médias jusqu'à ce qu'ils deviennent des vérités dans les esprits de bien des gens de bonne volonté.

Ces attaques s'inscrivent dans une stratégie globale qui vise un seul et unique objectif : mater définitivement ce vieux pays contestataire qu'est la France, ce potentiel "mouton noir" qui pourrait avoir la mauvaise idée de montrer la voie d'une alternative au libéralisme. Car malgré la résignation apparente du peuple de France, toutes les enquêtes démontrent que nos concitoyens sont en Europe les plus réfractaires à un libéralisme qui fout le bordel dans tous les domaines, en matière économique et sociale avec sa défense des profits et des actionnaires comme sur le plan des moeurs en désintégrant toutes les structures traditionnelles de notre société ou au niveau identitaire en favorisant l'immigration favorable au capitalisme (libre circulation des travailleurs), le supranationalisme (gouvernance mondiale) et l'uniformisation culturelle.

Nous comprenons ainsi que la défense de la langue française - loin d'être un combat d'arrière-garde ou de vieux croûtons - s'inscrit dans une lutte globale contre le libéralisme et ses conséquences que sont la destruction des acquis sociaux, de la souveraineté nationale, des identités et de la diversité culturelle.


Face à ce libéralisme destructeur, il nous faut opposer un "anti-libéralisme grand angle" corrigeant les lacunes d'une gauche "anti-libérale" qui combat le libéralisme économique tout en favorisant le libéralisme sociétal et en s'inscrivant dans un cadre mondialiste mais aussi celles d'une droite nationale qui combat le libéralisme sociétal et défend le cadre national tout en défendant le libéralisme économique.
Un libéralisme destructeur venant des Etats-Unis qu'un François Mitterrand - parmi tant d'autres - a largement contribué à mettre en place tout au long de sa carrière. Mais se sachant condamné par la maladie et n'ayant donc plus rien à perdre ou à gagner, ce même François Mitterrand a, au soir de sa vie, averti les français du danger par une réplique énigmatique mais révélatrice : "Les français sont en guerre mais ils ne le savent pas, ils sont féroces ces américains »......

 

JULIEN.

Note :

(1). Un exemple de la cuistrerie universitaire, la substitution du terme « master » issu des institutions universitaires anglo-saxonnes au terme français de « maîtrise ». Même si l’on désirait un terme commun pour désigner un cursus universitaire analogue dans les pays de l’U.E, il eût été possible de trouver un mot issu non pas d’une origine directe linguistique commune, ce qui est impossible en Europe mais, par exemple, d’une culture commune comme le latin ou le grec. Il fut un temps où l’on parlait encore d’alma mater pour désigner l’Université…

 

19/10/2014

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Manipulation, infiltration, provocation... Ce qu’un révolutionnaire doit savoir de la répression

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Article paru dans le Rébellion 45 ( Janvier 2011) 

Le récent mouvement contre la « réforme » des retraites aura révélé aux plus naïfs l’existence de méthodes policières aussi anciennes que son rôle de maintien de l’ordre du Capital.

Des policiers déguisés en casseurs, des casseurs utilisés par des policiers pour semer le désordre dans un mouvement social, le fichage des plus actifs et l’infiltration des manifs… Rien de nouveau, cela étant déjà exposé et décrit dans un petit livre rédigé dans les années 1920. « Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression » fait partie de ces lectures importantes pour tous ceux qui veulent sérieusement s’impliquer dans l’action révolutionnaire.

Des méthodes qui ont fait leurs preuves

Victor Serge, son auteur, a voulu donner à l’ensemble des militants communistes européens une leçon sur les méthodes policières après la victoire de la Révolution d’Octobre 1917 en Russie. Les Bolcheviks pouvaient s’appuyer pour cela sur les archives colossales laissées par l’Okhrana, la police politique du Tsar. Elles détaillaient le fonctionnement interne de ce service de renseignement, l’enseignement et la mise en pratique des méthodes qui ont fait sa réputation dès la fin du 19ème siècle. On remarque d’ailleurs qu’elles sont toujours d’actualité, même si les nouvelles technologies les ont perfectionnées.

Toute surveillance policière débute d’abord par la mise en place d’un suivi et du repérage des éléments potentiellement subversifs. Il s’agit de filer l’homme, de connaitre ses faits et gestes, ses connexions et ensuite de découvrir son rôle et ses objectifs. Victor Serge indique qu’il est important de garder les yeux ouverts dans ses déplacements quotidiens et durant des actions politiques.

La base de tout travail policier est le renseignement et le fichage des activistes. Dès la seconde moitié du 19ème siècle, les institutions pratiquent la mise sur fiches de renseignements collectés sur les militants révolutionnaires. Toutes les innovations scientifiques modernes trouvent rapidement des applications policières (de la photographie au fichage génétique) et la connaissance des organisations révolutionnaires est un savoir enseigné dans les Ecoles de Police. Comme pour les bandes de délinquants, certains policiers sont ainsi formés à reconnaître les codes et les symboles des divers groupes politiques. A l’époque Tsariste, l’enseignement des structures internes des futurs bolcheviks était au programme. Aujourd’hui, un fonctionnaire du renseignement se spécialisera lors de stages sur les « nouveaux dangers » de l’extrême droite radicale, de la mouvance salafiste ou de l’ultra-gauche. Le principe de base est simple : laisser se développer le mouvement, le connaître pour mieux le liquider ensuite !

L’infiltration et la provocation, aveu de faiblesse du système

Victor Serge évoque dans son livre un des éléments qui fit le plus de mal au mouvement révolutionnaire russe : l’infiltration d’agents de l’Etat dans ses organisations. A la chute du tsarisme, les bolcheviks surent ainsi que leur direction avait elle-même était infiltrée par des agents provocateurs à la solde du régime. Ils purent se rendre compte, en dépouillant les archives des services secrets, de la trace de 35000 «  infiltrés » au sein du mouvement révolutionnaire.

L’Okhrana avait établi une démarche précise dans le recrutement de ses agents. Elle révèle une bonne connaissance des zones d’ombres de l’âme humaine et les moyens de les utiliser pour des basses œuvres. Les éléments prédisposés à prendre du service sont « les révolutionnaires d’un caractère faible, déçus ou blessés par le parti, vivant dans la misère, évadés de lieux de déportation ou désignés pour la déportation». Il est recommandé d’étudier «avec soin» leurs faiblesses et de s’en servir, de leur faire croire que l’on possède des chefs d’inculpation assez graves pour de lourdes condamnations. Afin de les convaincre, il faut aussi tirer parti des querelles internes au groupe militant dont ils sont membres, de la misère affective et des blessures d’amour-propre.

L’infiltration doit fournir une information directe sur la vie et les évolutions du mouvement révolutionnaire, mais elle peut très vite glisser vers la provocation. Elle vise à décrédibiliser un mouvement ou de donner un motif à son écrasement. Elle est un aveu de faiblesse d’un système qui ne trouve plus aucun autre moyen pour enrayer la progression des idées révolutionnaires. Elle utilise la peur qu’elle inspire pour couper le soutien populaire, mais elle peut aussi échapper au système. L’exécution du ministre Stolypine qui avait tenté de sauver le conservatisme tsariste, par un anarchiste qui appartenait à la Police politique du Tsar en est un exemple.

 

Rien ne peut arrêter une Révolution

« La police tsariste devait tout voir, tout entendre, tout savoir, tout pouvoir… Et, pourtant, elle n’a rien su empêcher» écrivait Victor Serge. «On aurait tort de se laisser impressionner par le schéma du mécanisme apparemment si perfectionné de la société impériale. Il y avait bien au sommet quelques hommes intelligents, quelques techniciens d’une haute valeur professionnelle : mais toute la machine reposait sur le travail d’une nuée de fonctionnaires ignares. Dans les rapports les mieux confectionnés, on trouvera les énormités les plus réjouissantes. L’argent huilait tous les engrenages de la vaste machine, le gain est un stimulant sérieux, mais insuffisant. Rien de grand ne se fait sans désintéressement. Et l’autocratie n’avait pas de défenseurs désintéressés».

En 1917, le tsarisme s’est effondré sans que l’appareil répressif puisse arrêter le cours de l’Histoire. Car la Révolution était le fruit de causes économiques, psychologiques, politiques et morales, situées au-dessus d’eux et en dehors de leur atteinte.

En vérité, la police était débordée par la popularité grandissante d’une idée qui avait la sympathie instinctive de l’immense majorité des russes. La révolution avait ainsi "pour eux la puissance morale, celle des idées et des sentiments. L’autocratie n’était plus un principe vivant. Nul ne croyait à sa nécessité. Elle n’avait plus d’idéologie. La religion même, par la voix de ses penseurs les plus sincère, condamnait le régime». Or une société qui ne repose plus sur des idées vivantes, dont les principes fondamentaux sont morts, peut tout au plus se maintenir quelques temps par la force de l’inertie.

Un parti révolutionnaire aura comme objectif d’être le plus imperméable à l’appareil répressif de l’Etat. La principale leçon de Victor Serge est qu’un mouvement qui n’a pas de base solide n’a pas besoin de la Police pour se dissoudre de lui-même. Certains groupuscules par leur faiblesse même (aussi bien au niveau théorique que par leur recrutement fa it à la sortie d’hôpitaux psychiatriques) sont d’utiles éléments pour toutes les provocations policières ou médiatiques.

Victor Serge donne des règles simples à suivre pour que les militants deviennent des  "révolutionnaires professionnels» : «Se garder de la manie de la conspiration, des airs initiés, des airs mystérieux, de la dramatisation des choses simples, des attitudes *conspiratives*. La plus grande vertu du révolutionnaire, c’est la simplicité, le dédain de toute pose même *révolutionnaire*».

Bibliographie : Victor Serge

«Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression» Ed. La découverte, coll. ZONES, 2010, 177 pages.

 

Qui fut Victor Serge ?

Pseudonyme de Victor Kibalchiche, il est né en 1890 de parents russes réfugiés en Belgique. En 1910, il installe à Paris et milite dans les rangs anarchistes. A ce titre, il côtoie la « bande à Bonnot » et a été condamné à 5 ans de prison pour activisme à l’explosif. A sa libération, il s'installe en Espagne. En 1917, il tente de rejoindre la Russie via la France mais il est arrêté. Ce n’est qu’en 1919, qu’il arrive à Moscou et rejoint immédiatement le Parti Communiste. Il est alors un proche collaborateur de Zinoviev à l'International Communiste. Lors du soulèvement des marins de Cronstadt, Serge se prononce contre les excès de la Tchekha. Opposant interne, c’est en 1928 qu'il est exclu du P.C. puis incarcéré en 1933. Une campagne internationale initiée par Trotsky et l'Opposition de Gauche arrache sa libération en 1936. Mais il rompt rapidement avec Trotsky, en désaccord sur nombre de questions - notamment son "sectarisme" vis-à-vis du P.O.U.M. espagnol.

En 1940, il quitte l'Europe pour Mexico où il meurt dans la pauvreté en 1947. Il laisse une importante œuvre littéraire sur l’histoire de la Révolution Russe et de l’International Communiste.

 

 

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14/10/2014

Sortie du numéro 66 de la revue Rébellion

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Au sommaire du numéro 66 de la revue Rébellion :

Edito : Lou Mistrau mi fa cantar.

Entretien avec Alain de Benoist sur le Traité Transatlantique

Dossier : Contrôle Social et Sociale Ingénierie

Ingénierie sociale et conflits identitaires par Lucien Cerise

L'effondrement contrôlé des sociétés complexes par Lucien Cerise

Chronique : la société de l'Indécence.

L'économie, un objet  philosophique par David l'Epée. 

Culture : Regard sur l'oeuvre de Lautréamont par Diaphane Polaris

 

Numéro disponible contre 4 euros à notre adresse :

Rébellion C/o RSE BP 62124 31202 TOULOUSE cedex 02 - France 

Les étapes de la lutte des classes contemporaine : Mai 68

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la lutte des classes n’a cessé d’être une réalité. Les années de relative prospérité des « Trente Glorieuses » ne furent pas aussi idéales que l’on nous les présente, elles furent une brève parenthèse où le patronat dut faire quelques concessions à un mouvement ouvrier particulièrement combatif et conscient, dans le contexte d’une confrontation avec le Bloc de l’Est .

Dès la fin des années 1970, le capitalisme entreprit une transformation sans précédent de son fonctionnement. La mise en place de l’ultra libéralisme, accompagnée par la Droite et la Gauche, allait détruire les fondements traditionnels de la classe ouvrière et déclencher une crise profonde dans la société européenne. Face à ses attaques, les travailleurs tenteraient de résister sans aucune aide. La trahison de la Gauche et des syndicats, les gesticulations de l’Extrême Gauche (sous ses divers avatars, du trotskisme aux alters de tout poil) et la stérilité d’une Extrême Droite « populiste » ne facilitèrent pas leur tâche. Mais les défaites sont toujours des leçons utiles pour les victoires de demain…

Article paru dans le numéro 30 (Mai/Juin 2008) pour « démystifier » un épisode clé de l’histoire contemporaine.

 

Adresse aux prolétaires sur le quarantième anniversaire de Mai soixante-huit.

Notre propos est clairement centré sur les termes de l’Adresse ci-dessus énoncée. Pourquoi commémore-t-on un anniversaire ? Cela va-t-il de soi ? Il en va probablement de l’identité et de l’avenir de l’être en question. Sur le plan historique il s’agirait d’évoquer la signification ou/et les causes de « l’évènement », sa portée au présent et de « tirer des leçons de l’histoire ». Or, l’histoire de Mai 68 n’a pas encore été réellement écrite. Le serait-elle dans sa véracité qu’elle plongerait plus d’un dans un abîme de perplexité, notre époque ayant porté au sommet d’un art majeur la pratique de l’occultation et de la manipulation. Ce qui est visible ne l’est que spectaculairement. Néanmoins des voix discordantes commencent à se faire entendre à contre courant des versions officielles. Notre but n’étant pas de plaire, nous les appuierons de notre contribution, en précisant que nous nous adressons aux prolétaires conscients, c’est-à-dire, à ceux, pour qui les jeux ne sont pas faits, pour qui le capitalisme n’est pas l’horizon indépassable de la praxis humaine.

II

Il est légitime de replacer Mai 68 dans un contexte de plus longue durée que celle de l’évènementiel et de manière concomitante au sein de processus s’accomplissant un peu partout dans le monde. Ainsi, d’un certain bouillonnement de contestation axé contre l’impérialisme américain au Vietnam durant les années 60 et d’une certaine perception des débuts d’une crise économique qui irait en s’approfondissant ultérieurement dans les places fortes du capitalisme. Néanmoins, il se produisit quelque chose d’important en France. Les diverses versions officielles ont raison sur un point, et en général c’est pour le glorifier : ce fut un moment de rupture. En un sens, celle-ci fut bien radicale. Même lorsque Sarkozy affirma qu’il faut en finir avec l’héritage de Mai 68, il s’agit paradoxalement de l’hommage du vice à la vertu. Toute l’ambiguïté réside dans la nature de cette vertu. Justement, celle-ci rendit possible la réussite d’un fervent de l’atlantisme s’élevant avec toute une clique sur le cadavre du gaullisme et de son esprit d’indépendance. Le libéralisme sarkozyen dépasse tout en le conservant (pastiche de l’Aufhebung hégélienne) l’héritage soixantuitard. Subvertir les points de repère et comportements d’une société tout en élevant le résultat de cette subversion au rang de sérieux pour en faire le terreau d’une réforme du capitalisme, voilà qui est vraiment « révolutionnaire ». Du passé a été fait table rase. C’est la source libérale/libertaire de 68 que certains auteurs ont, avant nous, identifiée comme promotion de la subjectivité hédoniste, revendicatrice, constamment insatisfaite sur le plan de ses droits. Sans attaches, cette machine désirante est configurée selon les critères de la société marchande mondialisée. Ce modèle anthropologique aliénée est hautement prisé de nos jours, dans la mesure où le souci de soi s’apparente au fonctionnement d’une micro entreprise autogérée. Au sein de l’entropie sociale généralisée, la dynamique cellulaire individuelle demande constamment à être relancée afin de se survivre à elle-même. Mais ce n’est là qu’une illusion radicale masquant sa finitude non assumée authentiquement. La mort n’est pas surmontable par le narcissisme. Aussi, nos contemporains atomisés ne peuvent-ils que reproduire à l’infini « l’homme unidimensionnel ». Mais cela est bien suffisant pour que le système se perpétue. Et là où la tension avait été une des plus âpres, en France, où avait été théorisé le pouvoir de « la subjectivité radicale », est dit clairement maintenant qu’il s’agit d’en finir avec ces enfantillages. En finir avec les images de l’utopie pour ne conserver que les rouages de la machine économico politique désirante : la pratique vertueuse du libéralisme quotidien. Au-dessus de la massification citoyenniste règne sans partage la classe dominante porteuse du projet mondialiste qui avait tant d’obstacles et de résistances à renverser. Qu’importèrent les moyens utilisés pour ce faire. Au terme de quatre décennies écoulées, nous voilà au seuil d’une réintégration sans état d’âme de la France au sein de l’OTAN et l’imaginaire social, par ailleurs, n’a jamais été autant capté par la réification marchande.

III

Pour d’autres, il y a la nostalgie non assumée en tant que telle. Mai 68 serait la source à laquelle devraient s’abreuver les combats futurs car la Gauche n’a pas baissé les bras et dans sa plus ou moins grande radicalité nous promet toujours de belles et grandes choses. Dans quel abîme d’obscurantisme ne serions-nous pas plongés si les luttes héroïques soixantuitardes (principalement celles dont héritent les bobos), ne s’étaient pas produites ? Le mythe des Lumières a la vie dure. Certains n’ont pas encore dessillé les yeux sur la nature de « l’Union de la gauche ».

Il y a, enfin, ceux pour qui Mai 68 vit la résurgence d’un courant authentiquement révolutionnaire après qu’aurait soufflé pendant quelques décennies (les avis divergent sur le nombre) le vent glacial de la contre révolution (« il est minuit dans le siècle »). Il est vrai que pour une minorité significative de révolutionnaires, la période des années 60-70, fut l’occasion de se réapproprier un certain nombre d’idées, de débats, de prolonger la réflexion doctrinale en s’appuyant sur la connaissance de courants marginaux issus du mouvement ouvrier (conseillisme, gauche communiste internationale, etc.). Cela était bien plus pertinent et intéressant que le crétinisme gauchiste et eut l’immense avantage de mettre en avant la critique de la mystification démocratique sécrétée par le capital. Ne serait-ce que par le recul pris envers les insuffisances et les naïvetés de Mai 68, ce courant de gauche communiste renaissant s’est quand même positionné par rapport à cet ensemble d’évènements importants. Il semblait alors possible de penser que venait de prendre fin une longue période de contre révolution débutée par le reflux des luttes surgies dans le sillage de la révolution d’Octobre et consolidée par la seconde guerre mondiale suivie du plan Marshall. Au delà des banalités de la critique de la société de consommation, le prolétariat réapparaissait en tant que sujet historique autonome agissant à travers le mouvement de grève générale et des occupations de Mai 68 en France et ultérieurement en Italie. D’autant que la classe ouvrière n’allait pas tarder à s’apercevoir durant la décennie suivante que le capitalisme n’était pas à l’abri de crises majeures ayant comme résultats un ensemble de restructurations mettant à mal les conditions d’existence des travailleurs (désindustrialisation, délocalisations, explosion du chômage). C’est alors que pesèrent des facteurs politiques majeurs dont il est loisible d’évaluer la portée avec le recul des ans.

IV

Il est toujours plus ou moins hasardeux de désigner tel ou tel moment ou facteur déterminant du cours de l’histoire. Cela induit un effort d’explication de celui-ci, ce qui dans le fond ne pourrait reposer que sur une méthode expérimentale dont l’application à l’histoire est quelque peu inadéquate. Mais un effort de compréhension et donc d’évaluation de ce qui est significatif peut être tenté. Nous voyons s’articuler deux éléments politiques majeurs autour du Mai 68 français. L’élimination du Général De Gaulle et l’affaiblissement du Parti Communiste Français ; deux forces opposées mais néanmoins complémentaires. Celles-ci témoignaient de la spécificité de la France en Europe Occidentale. D’un côté, l’indépendance gaullienne à l’égard de l’OTAN, de l’impérialisme étasunien et se donnant les moyens stratégiques et diplomatiques de l’être ; de l’autre, le parti communiste le plus puissant à l’ouest de l’Europe, héritier d’une tradition de résistance au capital bien enracinée.

La tentative gaullienne de rapprochement franco-allemand en 1963 avait été sabotée par les Etats-Unis. Il fallait rendre impossible la constitution d’un noyau fort européen échappant à l’hégémonie atlantiste. La déclaration du Président français sur l’indépendance du Québec, la guerre des Six Jours, l’agression impérialiste au Vietnam et la critique de la prééminence du dollar firent déborder le vase. Il fallait éradiquer le Général ; la trahison d’un certain nombre de ceux qui étaient sensés lui être proches facilita la manœuvre. L’URSS, quant à elle, n’avait aucun intérêt dans cette opération, percevant bien les manigances étasuniennes. De là, l’attitude modératrice du PCF durant les journées de mai. Corrélativement, était rendue possible la surenchère maximaliste gauchiste dont les organisations avaient été forgées à cette fin. La CIA et le Mossad n’y furent pas étrangers. Les chefs gauchistes furent remerciés de leur action et grassement rétribués, leur réussite sociale en témoigne ; ils sont, depuis, comme des poissons dans l’eau (des piranhas) non au sein des masses mais dans le fleuve fangeux du libéralisme. Le sale boulot terminé, certains d’entre eux décrétèrent leur autodissolution tandis que subsistait une frange d’irréductibles, manipulée par l’appareil d’Etat à des fins de terrorisme intérieur. Cela prit une autre dimension en Italie où le même appareil testa la stratégie de la tension. Dans les deux cas on désorienta les classes ouvrières les plus expérimentées et les plus conscientes de l’Europe occidentale.

V

Rappelons que sur le plan international, Mai 68 fut contemporain du soit disant « Printemps de Prague » et de l’intervention, au mois d’août, des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Pour ce quarantième anniversaire, la bourgeoisie aime à rappeler cet évènement dans le style d’une nouvelle fable évoquant le « printemps des peuples » ayant ultérieurement abouti à la dissolution du bloc socialiste à l’est et à la légitimation de celle-ci. L’affaire est plus obscure qu’on ne le dit. On peut regretter cette immixtion impérialiste à Prague (point de vue défendu à Tirana à l’époque, par exemple). Mais, du point de vue géopolitique, la machine à déstabiliser l’Europe de l’ouest et de l’est, était lancée. Il était inévitable que l’URSS, se ressaisissant momentanément sur le plan géostratégique durant la période Brejnev, ripostât. Au-delà des balivernes sur « le socialisme à visage humain », on peut s’interroger sur les intentions véritables à long terme de Dubcek et de son entourage. Le PCF commit alors l’erreur, ainsi que dans les années qui suivirent, de reprendre à son compte la rhétorique des droits de l’homme. On voit, depuis, ce qui lui en coûta malgré sa course de rattrapage derrière l’attelage de la social démocratie mâtinée de trotskisme. Même son soutien à l’intervention soviétique en Afghanistan fut maladroitement légitimé. On perçoit mieux de nos jours ce qui se jouait réellement là bas.

VI

1968-2008 : quarante ans de lavage des cerveaux à base de droits de l’homme, de triomphe de la démocratie, de chute du communisme, etc. La réalité à la fin : des sommes astronomiques englouties par le capital pour déstabiliser l’URSS, mettre sur pieds une Europe fantomatique, soumettre tous les peuples au processus de mondialisation économique et idéologique. Et tout cela afin d’écarter le spectre qui hante la mauvaise conscience de la bourgeoisie : la praxis révolutionnaire du prolétariat qui avait osé relevé la tête en ces journées de mai. Ce fut l’ambiguïté de cette période. L’idéologie qui progressait dans la société –et cela n’est jamais accompli de manière uniforme et monolithique- était libérale/libertaire. Elle n’était évidemment pas mise en avant et portée par les ouvriers. Mais au gré de l’explosion médiatisée de ces journées là, les travailleurs se prirent à rêver et à agir. Ils n’étaient donc pas réconciliés avec l’esclavage salarié et leurs consciences n’étaient pas totalement asservies à l’idéal consumériste. Ils prirent des risques, engagèrent leurs vies (répression sanglante en juin 68 aux usines Peugeot de Sochaux). On comprit ce qu’est la violence prolétarienne organisée lorsque les travailleurs agissent par eux-mêmes et non en fonction d’intérêts corporatistes limités, balisés par la bourgeoisie. Il fallut étouffer cela, la Gauche sociale démocrate et pseudo révolutionnaire s’en chargea, jugulant lentement ce qui restait de conscience et d’organisations révolutionnaires ou potentiellement révolutionnaires (Union de la Gauche, années Mitterrand, antifascisme fantasmée, immigrationnisme forcené, citoyennisme, etc.).

Le prolétariat est-il soluble dans la mondialisation ? Désorienté certes, il l’est. Et surtout par l’ampleur des enjeux et de la lutte qu’il faudrait engager pour y répondre. La barbarie déchaînée par le capital pour se perpétuer est vertigineux (paupérisation de milliards de personnes sur tous les continents, destruction accélérée des écosystèmes, guerres meurtrières dont de nombreux conflits conduits ou directement instrumentalisés par Les USA et ses alliés). Ce n’est pas parce que la configuration traditionnelle du prolétariat s’est modifiée, en France et en Europe en particulier, à cause de la désindustrialisation, des délocalisations et des tâches dites virtuelles, qu’il se serait évanoui dans la nature. Les travailleurs exploités constituent l’immense majorité de la population, les efforts accomplis par la bourgeoisie pour lui extorquer toujours plus de profit en sont la preuve. 

Les lignes qui précèdent ont donc pour but de montrer la voie du ressaisissement, la formulation de la critique du mensonge institué et la prise de conscience de la réalité de ce qu’est la lutte des classes : un rapport de forces plus ou moins mouvant. A nous de l’incliner du bon côté.

Jean Galié 

 

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